Le Bas-Loukkos au sens large comprend au N le Sahel, plaieau sablo-limoneux Villafranchien, à l'E et au SE une succession de collines de la nappe prérifaine, au centre la plaine alluviale et, à l'W et SW, les formations plio-quaternaires du Rmel crevées au centre par des affleurements de nappe prérifaine. En tant qu'unité hydrogéologique, le Bas-Loukkos comprend la plaine alluviale (200 km2) et la partie du Rmel
dont les eaux souterraines sont tributaires de la plaine (270 km
2), avec le plateau sableux des
Rehamna au NW et les collines des OuledOgbane au SE.
La plaine est argileuse, basse et de pente très faible (7.10-
4 entre Ksar-el-Kebir et la mer). Elle peut être intégralement inondée par les crues exceptionnelles (1963) du Loukkos et de ses affluents (O. Mekhazène et O. Ouarour), mais même en année normale les crues s'épandent sur 8 à 10 000 ha; l'une des raisons de ce phénomène est que l'oued Loukkos exhausse son lit et se trouve « perché » entre des berges qui dominent nettement la plaine. Le plateau des Rehamna par contre, est sableux, relativement plan et le ruissellement y est presque nul, ce dont témoigne la présence d'assez nombreuses dayas. Il est en partie recouvert par
une forêt de chêne-liège associée à son sous-bois habituel (ciste, etc.). Les altitudes ne dépassent guère 100 m, tant dans les Rehamna que dans les OuledOgbane.
L'habitai urbain est concentré dans les deux villes de Larache (31 000 habitants) et de Ksar-el
Kebir (34 000 habitants). Cette dernière, à vocation de marché, draine les populations des montagnes environnantes, tandis que Larache est davantage orientée vers la petite industrie, alimentaire notamment : pêche, conditionnement des agrumes, mino-ierie, conserveries (tomates, nioras, poissons). En dehors de ces deux villes, l'habitat est dispersé en gros douars, surtout dans la plaine où ils sont construits contre les premiers reliefs ou sur des buttes d'alluvions anciennes. L'ensemble de la population rurale du Bas-Loukkos est de l'ordre de 35 000 habitants.
Les voies de communication sont extrêmement rares et se limitent pratiquement à la route RP2 et à la voie ferrée, qui relient Rabat à Tanger. Ailleurs il n'existe que des pistes, impraticables l'été dans le Rmel sableux, et l'hiver presque partout ailleurs. De plus le Loukkos et, dans une moindre mesure, ses affluents de rive droite, constituent des barrières infranchissables qu'on ne peut passer que par quelques rares ponts.
L'activité humaine est orientée uniquement vers la culture et l'élevage. Le
Rmel est en partie occupé par une forêt de chêne-liège, relayée localement par des peuplements d'eucalyptus et d'acacia à tanin. De vastes superficies sont utilisées uniquement comme terres de parcours pour le bétail. Aux environs de quelques douars isolés se pratique une culture vivrière pauvre. Depuis peu on a voué une partie de cette zone à une culture extensive
comme l'arachide. Dans les environs de Larache par contre s'impose une agrumiculture très réussie (orangers notamment) irriguée par pompages dans la nappe ; cette activité tend à se développer encore davantage, aidée par un sol assez favorable, des ressources en eau suffisantes (du moins à quelque distance de Larache) et par une petite infrastructure industrielle (proximité de Larache, installations d'emballage et de conditionnement). L'agriculture traditionnelle (vivrière ou d'appoint) intéresse quelque 8 000 ha dont 2 700 en blé, 1 500 en sorgho et 1 500 en mil, le reste étant partagé en autres céréales et en légumineuses. L'élevage traditionnel comprend 10 000 bovins et 45 000 ovins. Les cultures modernes comptent environ 2 000 ha cultivés en agrumes, et 1000 en cultures annuelles (arachide, melon, alpiste) ; l'élevage ne compte qu'environ 500 bovins et 300 ovins.
Dans la plaine, l'élevage traditionnel comporte 5 000 bovins et 15 000 ovins. Les cultures sont toutes annuelles ; elles utilisent 11000 ha dans le secteur traditionnel, en céréales pour la plus grande part ;

les cultures modernes occupent 2 000 ha, dont 1 100 sont orientées (Compagnie du Loukkos) vers la production de tomates et de poivrons doux (concentrés et poudres) ; cette société traite sur place plus de 200 tonnes/jour de tomates et 75 tonnes/jour de poivrons ; sur le resta de la superficie, 200 ha sont consacrés aux agrumes et le reste à des cultures diverses.

GEOLOGIE
Le bassin du Bas-Loukkos est situé en limite de la zone mésorifaine qui constitue toute sa bordure orientale et nord-orientale. On y trouve en structure relativement calme des marnes grises du Crétacé supérieur (Sénonien essentiellement), des marnes et marno-calcaires, de couleur blanche, de l'Eocène, et des marnes grises à bancs gréseux de l'OligoMiocène (grès « larachiens »). On trouve aussi, localement, des lambeaux de grès « numidiens » (Oligocène charrié, d'origine «ultra»), associés à leurs argilites bariolées de base. Au S, les collines des Ouled-Ogbane sont constituées de cailloutis Villafranchiens limités au S par des affleurements de nappe prérifaine dont les terrains sont assez analogues à ceux de la zone mésorifaine, mais dont la structure est beaucoup plus complexe et fréquemment injectée de Trias gypseux.
En fait les formations qui intéressent directement l'hydrogéologie du Bas-Loukkos sont postérieures à la mise en place des charriages rifains. Les marnes bleues, plus ou moins sableuses vers le haut, du Miocène supérieur et du Pliocène inférieur, constituent le substratum imperméable des horizons aquifères, reconnu par sondages mécaniques et par géophysique électrique.
On trouve, au-dessus, des formations marines et dunaires du Plio-Villafranchien, comprenant des grès coquilliers, des sables et des marnes plus ou moins sableuses, le tout de couleur jaunâtre. Epaisses de 20 à 50 m en général, elles ne dépassent pas, vers l'E, le niveau de l'oued Loukkos qui y a creusé son lit.
Les formations continentales villafranchiennes comprennent d'abord des cailloutis à ciment argileux rouge, analogues à ceux d'Arbaoua, et qu'on ne trouve pratiquement qu'au SE du bassin où ils peuvent dépasser 50 m d'épaisseur. En passage latéral et supérieur, on a ensuite des limons sableux rouges qui peuvent atteindre une puissance comparable. Ces formations villafranchiennes, elles non plus, ne dépassent pas à l'E l'oued Loukkos.
Le Quaternaire marin n'est connu qu'à Larache où il est représenté par des grès et des lumachelles attribués au Maarifien (Quaternaire ancien). Le Quaternaire continental est sous faciès de grès dunaires dans les Rehamna, et d'alluvions fluviatiles variées dans la plaine, qui peuvent localement dépasser 50 m de puissance ; les terrasses anciennes, surtout sablo-caillouteuses, n'existent plus qu'à l'état de lambeaux. Les alluvions du Quaternaire récent (dans lesquelles on trouve parfois des marnes bleues plus ou moins sableuses, à coquilles marines, attribuées à la transgression flandrienne) comprennent principalement des argiles rouges à passages sableux ou caillouteux, attribuées au Soltanien, et des tirs marno-limoneux noirs ou grisâtres, attribués au Rharbien.

CLIMATOLOGIE
Le climat du Bas-Loukkos est tempéré par la proximité de l'Océan mais cette influence modératrice est diminuée dans la plaine alluviale par la présence du plateau des Rehamna qui s'interpose entre elle et la mer. Les variations diurnes de température sont ainsi notablement plus élevées à Ksar-el-Kebir qu'à Larache. La pluviométrie moyenne du bassin est de l'ordre de 725 mm, un peu plus basse en bord de mer, et un peu plus élevée vers l'intérieur. Elle croît rapidement avec l'altitude sur les reliefs exposés à l'W, qui reçoivent donc les
vents marins humides.

HYDROLOGIE
L'oued Loukkos à son embouchure a un bassin versant de 3 750 km2 environ. C'est donc, avec l'oued Kerte, le plus grand cours d'eau rifain. Il est jaugé depuis mai 1961 à la station de Merissa, installée au pont de la RP2 à 2 km de Ksar-el-Kebir. A cet endroit, le bassin versant a une superficie de 2130 km2. Bien que l'oued ait encore 52 km à parcourir avant l'océan, son fond n'est qu'à la cote + 1,70 m, ce qui donne au cours inférieur une pente de 3 cm par km. A mi-chemin entre Merissa et la mer, le Loukkos reçoit le Mekhazène et son fond est alors à la cote - 2,9 m. A 19 km de l'embouchure, la cote du fond au niveau de la
digue fusible de la Isla-de-los-Pajaros est de - 6,2 m ; cette digue est responsable de dépôts d'estuaires
relativement importants puisque, juste à l'aval, le fond de l'oued remonte à - 2,9 m et même - 1,5 m un
peu plus à l'aval.

L'oued Mekhazène draine un bassin versant de 345 km2. Il est jaugé depuis 1961 à la station de SidiAyad-Soussi (Bassin versant : 630 km2) située à 20 km de la confluence avec le Loukkos, et où le fond de l'oued est à la cote + 4,1 m. Depuis 1963, une autre station a été installée quelque 15 km plus à l'amont, au sortir des gorges de Saf-er-Rahrraf. L'oued Aouarour n'a que 175 km2 de bassin versant et n'arrive pas jusqu'au Loukkos ; il se jette dans une merja qui se déverse plus ou moins dans le Mekhazène peu avant son confluent avec le Loukkos. Il est jaugé depuis 1961 à la station d'Ouled-Jabeur (Bassin versant : 160 km2) où il est à la cote + 6,3 m. Les autres cours d'eau affluents du Loukkos dans la plaine sont de faible importance et n'ont que des bassins versants modestes. En rive droite, les oueds Bousafi et Boufekrane drainent une partie du Sahel et des collines argileuses du NE ; ils sont pratiquement secs en été et, en hiver, participent à l'inondation de la partie nord de la plaine. En
rive gauche, les oueds Sakh-Sokh, Smid-el-Ma et Lakhal drainent la nappe phréatique et ont de ce fait un écoulement pérenne, mais de débit inconnu. On trouvera dans le tableau suivant les principales données et extrapolations obtenues à partir des jaugeages réguliers effectués sur les stations de la Division des Ressources en Eau (période 1961-62 à 1965-66)
.

HYDROGEOLOGIE
Le Bas-Loukkos recèle une nappe souterrains contenue dans le Plio-Villafranchien et le Quaternaire et reposant sur les marnes bleues du Mio-Pliocène. L'allure de celles-ci est connue avec suffisamment de précisions par forages (une quarantaine) et par géophysique (deux campagnes électriques en 1959 et 1961).
Le toit de ces marnes bleues (fig. 54) s'allonge en forme de baignoire orientée SE-NW, ouverte sur l'Océan vers le douar Guedira et par l'estuaire du Loukkos. Une étroite gouttière existerait de plus en bordure de la côte. Sous la plus grande partie du bassin, les marnes bleues sont sous la cote zéro et peuvent dépasser dans certaines fosses la cote
50 m (Rehamna et Ouled-Ogbane) ; les cotes positives ne sont atteintes, hormis les bordures, que sur la butte du douar Ouled-Saïd où affleure un lambeau de nappe prérifaine, dans la région de Larache, et sur un éperon parallèle à la mer et passant par les douars Ouled-Sehar et Hiaïda.
Les terrains plio-villafranchiens et quaternaires qui surmontent ces marnes bleues contiennent, outre quelques petites nappes perchées de faible importance, une nappe phréatique assez riche. Bien qu'elle ne forme qu'une seule entité, cette nappe doit être divisée en deux unités distinctes : la nappe du Plio-Quaternair e, et celle de la zone alluviale.

La nappe du Plio-Quaternaire
Alimentée directement par les infiltrations d'eaux météoriques, et s'écoutant facilement dans des terrains peu sensibles à la dissolution des sels, cette nappe présente de très bonnes caractéristiques, tant en qualité qu'en quantité.
ALLURE GENERALE
La nappe s'écoule partout vers la plaine du Loukkos, sauf sur la bande littorale où les isopièzes sont parallèles au rivage, et sur la bordure sud où elle est drainée vers le Dradère et sort donc du cadre de cette étude.
Sur le plateau des Rehamna l'écoulement se fait vers le NNE ou le NE suivant les secteurs
; à proximité de Larache néanmoins existe une petite zone de divergence rayonnante ; la vallée de l'oued Sakh-Sokh occasionne un très net drainage de la nappe ainsi que, dans une moindre mesure et surtout à l'amont, celle de l'oued Smid-el-Ma et de son affluent l'oued Lakhal. Mises à part les zones d'alimentation et de contact avec la plaine
alluviale, où la topographie est plus accentuée, le gradient de la nappe est de l'ordre de 1 % ; il atteint 4 % au contact de la plaine, qui est souligné par plusieurs sources.

Sur les collines des Ouled-Ogbane, la forme de la surface topographique et la mauvaise perméabilité des galets à ciment argileux provoquent également un gradient élevé, généralement supérieur à 3 %.
La profondeur de la nappe en étiage moyen  est généralement inférieure à 10 m et souvent même inférieure à 5 m. Le niveau piézométrique ne se trouve à plus de 10 m que dans certaines zones localisées: environs de Larache, zone littorale, secteur compris entre les oueds Sakh-Sokh et Smid-el-Ma, ainsi que le secteur amont de la nappe des Ouled-Ogbane.

Dans la plus grande partie de la zone plio-quaternaire, bien alimentée et à faciès perméables, l'amplitude maximum des variations piézométriques est inférieure à 2 m sauf dans le secteur amont où elle atteint 3 m.
DONNEES SUR L'AQUIFERE
Comme on l'a déjà note plus haut, l'aquifère est constitué essentiellement de sables et grès coquilliers et de sables rouges plus ou moins argileux dans les Rehamna, et de galets à ciment argilo-sableux dans les Ouled-Ogbane. Son épaisseur est évidemment fonction de l'allure du substratum imperméable telle qu'elle a été définie plus haut ; elle n'est donc inférieure à 20 m qu'au niveau des éperons de marnes bleues, et n'est supérieure à 70 m que dans la fosse des Rehamna (où elle dépasse localement 100 m) et dans celle des Ouled-Ogbane.
Une quinzaine d'essais de pompage ont été effectués dans ce secteur ; ils donnent pour l'aquifère des caractéristiques relativement homogènes :
la transmissivité est de l'ordre de 1.10-2 m2/s (entre 0,3 et 1,8) dans les Rehamna, et de 0,5.10-2 m2/s (entre 0,3 et 0,7) dans les Ouled-Ogbane.
de même la perméabilité des grès et sables est d'environ 3.10-4 m/s, celle des cailloutis à ciment argileux de 1.10-4 m/s.
le coefficient d'emmagasinement est très varia ble suivant le faciès : il atteint 8.10-3 dans les grès coquilliers fissurés, et environ 3.10-3 dans les sables dunaires et les cailloutis Villafranchiens. Les très faibles coefficients (2.10-4, 5.10-4, 8.1O-5) trouvés sur certains forages sont l'indice d'une nappe en charge sous les limons sableux rouges du Villafranchien.
Le volume de l'aquifère a pu être estimé à 12,5 10
9 m3 dans les Rehamna, et 1,5.109 m3 dans les OuledOgbane. En appliquant à ces chiffres les différentes valeurs de coefficient d'emmagasinement suivant le faciès intéressé, on arrive à quelque 250.106 m3 d'eau, dont à peine plus de 1 % pour les Ouled-Ogbane.
HYDROCHIMIE
L'ensemble de la nappe du Plio-Quaternaire a un faciès bicarbonaté calcique remarquablement constant, avec un résidu sec pratiquement toujours
r Mg
inférieur à 500 mg/1. Le rapport ------ est toujours
rCa
rSO
4
inférieur à 1 ; le rapport ---------est toujours compris
rCl
entre 0,2 et 1.
En résumé cette eau est de très bonne qualité et propre à tous les usages domestiques et agricoles.

La nappe de la zone alluviale
Alimentée pour sa plus grande part par les eaux de l'unité précédente, cette nappe présente à tous points de vue des caractéristiques nettement moins favorables.
ALLURE GENERALE  

La nappe s'écoule suivant la pente de la plaine, c'est-à-dire vers le NW, avec un écoulement axé à peu près sur le cours du Loukkos dans la moitié amont ; le gradient hydraulique, de l'ordre de 2.10-3 à l'amont ne dépasse pas 2.10-4 dans le centre de la plaine (arrivée des oueds Ouarour et Mekhazène) qui est donc presque endoréique et est d'ailleurs le siège de merjas. Plus à l'aval, l'écoulement semble nul, en liaison avec la petite
retenue provoquée par la digue de la Compagnie du Loukkos.
La profondeur de la nappe au milieu de l'étiage est de 1 à 3 m en général, sauf en certains secteurs (anciennes ferrasses par exemple) d'ailleurs peu étendus où elle peut dépasser 6 m. En hiver la nappe affleure dans une grande partie de la plaine et contribue, avec les eaux superficielles, à la formation de merjas.
L'amplitude des variations saisonnières du niveau piézométrique est pratiquement toujours supérieure à 2 m, surtout dans la moitié amont où elle peut atteindre 7 m dans l'axe de la plaine.
DONNEES SUR L'AQU IFERE
Constitué pour sa plus grande part d'alluvions fluviatiles (galets et sables en majorité), moins
perméables au sommet, l'aquifère a une puissance variant selon la topographie de l'imperméable, mais toujours assez faible. Inférieure à 20 m dans l'axe de la plaine à l'amont ainsi que, évidemment, sur les bordures où le Mio-Pliocène remonte, son épaisseur ne dépasse guère 50 m au centre de la plaine. La nature très hétérogène,
souvent lenticulaire, des alluvions provoque parfois l'existence de deux niveaux aquifères séparés par des limons argileux.
Les caractéristiques hydrauliques, sauf rares exceptions, sont très homogènes : les transmissivités sont de l'ordre de 0,5.10-
2 m2/s (entre 0,3 et 0,7), donc identiques à celles des cailloutis des OuledOgbane ; les perméabilités so nt de l'ordre de 5.10-4 m/s (entre 1 et 10) ; il n'y a pas eu de mesure du coefficient d'emmagasinement.
HYDROCHIMIE
Sur la plus grande partie de sa superficie, la nappe alluviale a des eaux chlorurées sodiques, voire hyperchlorurées dans le secteur aval ; une influence marine est d'ailleurs visible jusqu'au

rSO4
milieu de la plaine ; le rapport ---------- est rarement
rCl
rMg
supérieur à 0,2, tandis que le rapport--------- est
rCa
toujours supérieur à 2, et dépasse 10 localement.
A l'amont et sur la bordure nord-orientale, les
rSO
4
eaux sont plutôt chlorurées calciques ( ------- infé-
rCl
rMg
rieur à 0,5 ; ---------- inférieur à 1).
rCa
En certains secteurs, tous localisés sur la bordure occidentale du centre de la plaine, les eaux sont à prédominance chloro-sulfatée sodique.
Les résidus secs sont très variables : compris entre 0,5 et 1 g/1 sur une étroite frange en bordure de la plaine et en certaines zones où l'infiltration est probablement plus efficace (meilleure perméabilité, apports d'eau douce par les merjas), ils augmentent dans l'axe de la plaine et vers l'aval en étant généralement compris entre 1 et 3 g/1
; en certains secteurs très localisés, la salure peut atteindre 10 g/1. La partie basse de la plaine présente un phénomène de sursalure provoqué par l'avancée des eaux marines et leur évaporation sur place : la teneur en résidu sec est toujours supérieure à 10 g/1, généralement comprise entre 30 et 50 g/1 et dépasse localement 60 g/1.
Essai de bilan

Cette opération est aléatoire en raison de l'insuffisance des données que l'on possède, tant sur
l'alimentation que sur les prélèvements. Il est notamment délicat de déterminer le coefficient d'infiltration d'une manière rigoureuse ; les études menées par M. Messaoud dans cette région lui ont permit de donner à ce coefficient la valeur 0,24, ce qui paraît un peu fort. Des études parallèles en Mamora, dans la zone littorale de Rabat et dans le bassin du Charf-el-Akab près de Tanger ont montré que ce coefficient y était de l'ordre de 0,16 à
0,20 ; on prendra ici la valeur 0,20 ± 0,04. La hauteur des précipitations annuelles sera prise égale à 720
mm dans les Rehamna et 750 mm dans la plaine. Or utilisera pour les modules d'irrigation les valeurs de 0,7 1/s fictifs continus pour les agrumes, 0,2 1/s pour les cultures annuelles, et 1 1/s pour le maraîchage industriel.
ZONE NW DES REHAMNA
(limitée à l'E par la route et au S par l'ordonnée y = 503 km) L'alimentation de la nappe se fait d'une part
directement par la pluie sur une superficie de 30 km
2 (environ 140 1/s), d'autre part latéralement par la nappe des Rehamna (le débit donné par l'équation de Darcy est de 130 1/s). L'alimentation ne dépasse donc pas 270 1/s. Les seuls prélèvements sont causés par l'irrigation de 400 ha d'agrumes et s'élèvent à environ 280 1/s. Cette
zone est donc exploitée au maximum de ses possibilités ; les pompages intensifs dans certains secteurs localisés
ont d'ailleurs provoqué une baisse du niveau piézométrique, et même un début d'invasion marine à l'aval hydraulique du Douar Guedira (forage 305/3),
RESTE DE LA ZONE COTIERE
(limitée à l'E par une ligne passant par les douars Hiaïda et Zlaoula, et au S par l'ordonnée Y = 492 km) La seule alimentation est celle qui se fait directement par infiltration des pluies sur les 35 km2 de cette zone, soit environ 160 1/s. Les prélèvements par pompage ne doivent pas dépasser 40 1/s, ce qui pourrait permettre d'irriguer de nouvelles terres jusqu'à concurrence de 100 1/s environ.
RESTE DES REHAMNA
(210 km2) L'alimentation par la pluie, calculée avec les données précédemment exposées, doit être de l'ordre de 1000 1/s. Les prélèvements sont importants : le débit fuyant vers la zone nord-ouest des Rehamna est, on l'a vu, de 130 1/s ; le même calcul pour le débit alimentant la nappe alluviale donne 90 1/s. L'alimentation en eau de Larache consomme environ 70 1/s. L'irrigation de 900 ha d'agrumes provoque une ponction d'environ 630 1/s.
Le débit restant, soit une centaine de litres/seconde, représente les pertes par les sources de trop-plein
jalonnant le contact avec la plaine, et celles occasionnées par le drainage par les oueds SakhSokh et Smid-el-Ma.
OULED-OGBANE
L'alimentation par la pluie, seule existante, équivaut à un débit de 160 1/s environ. Il n'y a pratiquement pas de prélèvements pour l'irrigation, mais la nappe alimente celle de la plaine alluviale avec un débit de 60 1/s d'après l'équation de Darcy. La différence est perdue en drainage par les oueds et écoulement des nombreuses sources
de trop-plein qui jalonnent le contact avec la plaine.
PLAINE ALLUVIALE
En appliquant l'équation de Darcy sur deux profils transversaux, l'un à l'amont, l'autre au centre de la plaine, on obtient dans les deux cas un débit de passage d'une dizaine de litres/seconde. Dans ce secteur, qui correspond donc à la moitié amont de la plaine, la nappe est alimentée à raison de 70 1/s par les eaux souterraines du
Rmel ; l'alimentation par infiltration directe, faible et non chiffrable, sera négligée ; il en sera de même des eaux de crue de l'oued Ouarour, qui arrivent à un moment où la nappe est déjà proche du sol, voire affleurante, ce qui n'entraîne sans doute qu'une alimentation très restreinte. Les prélèvements par irrigation ne dépassent guère 20 1/s, la plus grande partie des pompages s'effectuant dans les oueds. En résumé l'alimentation est donc d'au
moins 70 1/s alors que les prélèvements ne dépassent guère 30 1/s. Le complément alimente l'oued Loukkos, ce qui a d'ailleurs pu être mis en évidence en jaugeant cet oued sur deux sections différentes.
Dans la moitié aval de la plaine, il arrive quelque 80 1/s par la nappe des Rehamna et 10 1/s de l'amont. Il s'y ajoute un débit non chiffrable correspondant aux apports par la pluie et par les eaux du Mekhazène. Les prélèvements par pompage sont limités à 20 ou 30 1/s utilisés pour irriguer 300 ha d'agrumes, la plus grande partie des autres cultures étant irriguées à partir de l'oued Loukkos. La différence entre ces débits provoque un effet de barrière aux eaux marines. En résumé, et dans l'état actuel des connaissances, on peut faire les remarques suivantes :
Le secteur nord-ouest des Rehamna est à la limite d'exploitation ; de nouveaux prélèvements doivent y être interdits sous peine d'accroître la dépression de la nappe et de provoquer localement une invasion marine.
Le secteur côtier (Hiaïda, Ouled-Sehar...) peut être irrigué à raison d'une centaine de litres/seconde.
Le reste des Rehamna peut libérer encore une centaine de litres/seconde d'eaux souterraines.
Dans les Ouled-Ogbane on peut également exhaurer une centaine de litres/seconde.
Dans la plaine alluviale, on peut pomper un débit supplémentaire de 30 1/s aux environs de Ksar-el-Kebir ; plus à l'aval, il conviendrait de ne pas faire de nouvelles ponctions, de manière à limiter au maximum les risques de remontée d'eaux marines par l'estuaire du Loukkos.

HYDROGEOLOGIE APPLIQUEE
Alimentation en eau des centres
Les villes de Larache et de Ksar-el-Kebir prélèvent dans la nappe des Rehamna l'eau nécessaire à leur consommation. Larache était auparavant alimentée par un captage sur l'oued Sakh-Sokh (302/3) donnant en moyenne 40 1/s, soit 3 000 m3/j ; le réseau de distribution était tel que près de la moitié de ce volume se perdait, ce qui ne laissait à la population (31 000 hab.) qu'un débit moyen journalier de l'ordre de 60 litres par habitant. Actuellement le réseau est en voie d'amélioration et l'alimentation se fait à partir de deux forages (718 et 719/3) pouvant fournir 100 1/s d'une eau carbonatée calcique à faible résidu sec (inférieur à 500 mg/1) ; de plus la qualité bactériologique est infiniment meilleure que celle du Sakh-Sokh. La ville de Ksar-el-Kebir (34 000 hab.) est actuellement alimentée en eau par un captage sur l'oued Smid-el-Ma (303 et 304/3) fournissant moins de 50 1/s d'une eau sujette à pollution et non traitée ; le réseau de distribution est aussi peu rentable que celui de Larache. Il faudrait assurer à la ville une eau saine en quantité suffisante (80 à 100 1/s), ce qui pourrait être
obtenu par deux ou trois sondages implantés dans la nappa des Ouled-Ogbane ; le forage 700/3 peut déjà être utilisé à ce titre pour 20 1/s.
Mise en valeur agricole

Le bassin du Bas-Loukkos (y compris le secteur de Barga, dans le bassin du Dradère) est exploité sur environ 24 000 ha, se décomposant de la façon suivante :

Dans cette superficie, seuls les 2 100 ha d'agrumes et les 1 100 ha de tomate-niora sont irrigués intensivement une partie de l'année ; on peut estimer à 600 ha la superficie de cultures annuelles modernes irriguées extensivement ; ceci porte à 3 800 ha la superficie de cultures modernes irriguées, dont 1 400 ha à partir des eaux
souterraines et 2 400 ha à partir des eaux de surface. La superficie de cultures traditionnelles irriguées ne doit pas dépasser 1 000 ha, dont la presque totalité est irriguée à partir des eaux de surface.
On a vu dans le bilan que, sur le Rmel (sauf la région de Larache), on pouvait encore utiliser quelque 300 1/s d'eaux souterraines, ce qui permettrait la mise en valeur de 500 à 1 500 ha selon le type de culture. Ce débit est faible eu égard à celui des eaux de surface, de crue notamment, qui se perdent en mer.
Or aucun ouvrage ne permet d'utiliser rationnellement les eaux de surface sauf, dans le cours inférieur du Loukkos, la digue de la Isla-delos-Pajaros, propriété de la Compagnie du Loukkos, qui fait obstacle à l'invasion des marées et forme une petite réserve pour l'irrigation de 1 600 ha. La plus grande partie des 2 300 ha restants sont irrigués par des moto-pompes puisant dans l'oued Loukkos.
On étudie depuis quelques années la possibilité d'exécuter un ou plusieurs barrages sur l'oued Loukkos ou ses affluents avant leur entrée dans la plaine. Après reconnaissance de plusieurs sites, on a retenu provisoirement celui de Tfer, sur le Loukkos, à une quarantaine de kilomètres à l'amont de Ksar-el-Kebir. Le barrage s'appuierait sur un synclinal de marnes oligocènes armées d'un gros banc de grès ; la retenue se trouverait en partie dans les nappes mésorifaines et en partie dans l'unité de Tanger, soit essentiellement dans des faciès marno-schisteux. Le barrage (poids en béton, ou digue mixte en terre et enrochements) aurait une hauteur d'environ 60 m hors-sol, ce qui provoquerait une retenue de près d'un milliard de mètres cubes permettant de régulariser 265.10
6 m3/an. Un autre site, celui de Koudiat-er-Rhorfa, est en cours d'étude. Situé juste avant le débouché du Loukkos dans la plaine, il permettrait de contrôler une plus grande partie de son bassin versant. La décision entre cet emplacement et celui de Tfer interviendra lorsque le degré des connaissances sera comparabie sur les deux sites.
L'ouvrage choisi, quel qu'il soit, assurera, outre l'écrêtement des crues du Loukkos, la mise en valeur de la plaine. Les études d'aménagement prévoient la construction du barrage principal, d'un barrage de prise, d'un barrage de garde près de l'embouchure, et des réseaux d'irrigation nécessaires ; elles prévoient de plus l'assainissement
du bassin et son équipement routier. Selon les schémas, la superficie aménagée varie entre 14 000 et 22 000
ha, voire 26 000 en envoyant de l'eau dans le bassin voisin du Dradère. Les investissements totaux varient selon les schémas entre 10 500 et 12 000 Dh par hectare.
Les cultures proposées sont très variées ; outre celles qui sont déjà pratiquées dans la région, on a envisagé des cultures maraîchères (betterave, cornichon), industrielles (canne à sucre, betterave sucrière, coton, soja) et fourragères, ainsi que des céréales (sorgho), du théier et de l'avocatier.