la gestion des ressources en eau
La gouvernance de l’eau au Maroc est appelée, aujourd’hui plus que jamais, à maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande, tout en assurant une eau de qualité pour les générations futures. Une approche plus participative et concertée dans la gestion des ressources serait une piste à prendre avec sérieux.
Par Sabrina Belhouari, journaliste
Sur la route qui mène de Tinghir vers
Errachidia,,s’étendent quelques-unes des dizaines d’oasis qui
composent la ceinture
oasienne du territoire du Tafilalet, l’une des plus importantes oasis du Sud Est
du Maroc. En cette
saison des orages, qui commence dès la fin du mois d’aout et continue jusqu’au mois
d’octobre, les habitants
de la région sont très inquiets. « Cette année, il a plu plus que d’habitude.
On reste très vigilants
ces jours-ci au cas où il y aurait des crues importantes de l’oued qui traverse
notre oasis. Pourvu que
la pluie ne dure pas trop longtemps, sinon ça sera la catastrophe pour la
récolte des dattes de
cette année », s’inquiète un passager rencontré dans un taxi sur le chemin. En
effet, le mois de
septembre est, en principe, un mois chaud. Mais depuis quelques années, des irrégularités
climatiques deviennent
de plus en plus fréquentes. Cette pluie, inhabituelle dans cette région à ce
moment de l’année,
risque de faire pourrir les dattes non encore arrivées à maturité, menaçant toute une
économie locale liée à
l’agriculture et qui constituent l’activité principale pour la population. Celle-ci,
affrontée, d’une part, à
la sècheresse de plus en plus longue et, d’autre part, aux précipitations hors
saison, se
retrouve en position d’extrême vulnérabilité. Le territoire présaharien,
dont une bonne partie se trouve dans la région de Draa Tafilalet, illustre
parfaitement l’effet des
changements climatiques sur la vie des habitants. Mais la nature n’est pas le
seul facteur de changements
car, ici, l’impact de l’Homme sur son milieu est très visible. La ressource en eau mobilisée
dans le Draa Tafilalet
provient aussi bien des eaux superficielles que des ressources souterraines, ce
qui met à mal les
réserves hydriques lorsque la sécheresse est combinée à la forte consommation
de l’eau. Une situation
qui demande une gouvernance des ressources en eau extrêmement prudente et
interactive. Cette
région reste toutefois confrontée aux mêmes enjeux que le reste du Maroc en ce qui
concerne l’eau :
répondre à la demande qui augmente d’année en année, rationnaliser son utilisation,
mobiliser et diversifier
les ressources, avec une attention particulière pour la mobilisation des eaux
non conventionnelles,
tout cela en préservant de la pollution et de la dégradation de la qualité de l’eau.
Le plus critique est
d’arriver à assurer l’accès à l’eau potable pour tous.
L’eau, garant de l’emploi et
de la sécurité alimentaire
L’autre enjeu majeur est d’assurer l’eau
d’irrigation pour le secteur agricole,
moteur de croissance économique locale et un des piliers
de l’économie le tout le pays. En effet, la
part de l’amont agricole dans l’économie
nationale atteint 74 milliards de dirhams, et malgré des cycles
de sécheresse répétés que le Maroc a connu,
le PIB agricole a plus que doublé
depuis les années 60.
Le secteur contribue à 14 % au Produit
Intérieur Brut (PIB)
du pays et constitue le premier pourvoyeur d’emploi avec 4 millions d’emplois.
D’autant plus que le
secteur est
directement lié au monde rural, qui accueille, selon les estimations 2017 de la Banque
mondiale, 38% de la
population totale
du Maroc. Mais les enjeux liés à l’eau se situent au delà de la disponibilité de
l’eau potable et de
l’irrigation. Un
autre phénomène menace dangereusement la stabilité du milieu rural et oasien dans cette
région. Avec les
sécheresses successives
et la stagnation de
la qualité de vie, « tous nos jeunes, filles et garçons, rêvent de partir à l’Europe pour un
avenir meilleur.
L’implication dans
le développement et la préservation de l’eau et de l’oasis est le cadet de leurs soucis.
C’est une
réalité qui nous décourage à chaque fois qu’on veut proposer des projets de développement
pour la population et le
village», confie Ali Bounsir, président de l’Association Tabesbaste pour le Développement et la
Solidarité. Cette situation
n’est pas
restreinte au milieu oasien, mais toucherait une grande partie de la jeunesse marocaine,
(33% selon une enquête de
la banque mondiale de 2012). Le développement
du secteur de l’eau apparait donc doublement stratégique, économiquement et
socialement. Or, le
secteur de l’eau
se confronte à plusieurs contraintes, communes à plusieurs autres régions
du Maroc, et qui rendent
cette mission très
difficile. En
effet, les apports en eau sont hétérogènes dans les différents bassins
hydrauliques de
l’ensemble du pays, avec une faiblesse des apports en eaux superficielles, en plus
du problème
d’envasement des barrages
qui réduit la capacité de stockage. Les changements climatiques induisent des
sècheresses successives
et des pluies
torrentielles et les sols connaissent une dégradation importante due à l’érosion et
l’appauvrissement.
L’impact humain
est, de son coté, particulièrement concerné, avec la pression exercée sur les
eaux souterraines,
accentuée par la prolifération
des motopompes dont
l’utilisation échappe à tout control. La détérioration de la qualité de l’eau
résultant de
la contamination par les fertilisants et l’augmentation de la salinité des eaux souterraines
achève d’assombrir le
tableau.
Tout ceci est pourtant
pris en considération
dans la loi 35-15 relative à l’eau, et qui aborde toutes les questions relatives
à une
bonne gouvernance de cette ressource. Malgré les textes de loi, la multitude des intervenants (tableau 1),
des stratégies et des
plans mis
en place pour assurer une bonne gouvernance de l’eau, des faiblesses persistent
encore. Pour
ne prendre que l’exemple de protection de la qualité de l’eau, il y a une insuffisance
dans le
cadre réglementaire relatif à la réutilisation des eaux usées épurées et l’élimination des
boues des
Station d’Epuration des Eaux Usées issues des opérations de traitement des eaux usées,
ainsi qu’une
dispersion dans les textes règlementaires entre plusieurs départements ministériels
(Ministère de tutelle,
Ministère de
l’Intérieur, Santé). A cela s’ajoute l’insuffisance et le peu d’impact des opérations de
sensibilisation et
d’implication
de la société civile et
des acteurs
locaux en matière de préservation de l’environnement et de développement durable.
Résultat, dans le milieu
rural, les décharges
de déchets solides sont non contrôlées et rares sont les communes qui
disposent d’un
réseau d’assainissement liquide, encore moins de stations pour le traitement des eaux
usées.
Une approche participative pour une
meilleure gestion
Au Maroc, c’est dans le milieu rural où les enjeux de l’eau et la question de la bonne gouvernance
deviennent critiques. Afin de développer Station d’Epuration
des Eaux Usées, il
est primordial de
mettre en place un processus de prise de décision consensuel et entreprendre des actions concertées.
Le Conseil Economique, Social et Environnemental du Maroc (CESE) s’est penché sur l’intérêt d’adopter une approche de gouvernance de l’eau qui applique les principes de la démocratie participative, dans son rapport « La gouvernance par la gestion intégrée des ressources en eau au Maroc : Levier fondamental de développement durable », sorti en 2014. Il est
question « d’une approche où
les choix des projets et
d’implémentation des solutions techniques émanent des populations locales et intégrant les contextes régionaux et locaux avec la présence effective des acteurs de la société civile et des usagers d’eau dans le processus de prise de décision », lit-on dans le rapport. Cette approche est parfaitement possible. Le modèle de gestion dans le village de Tabesbaste, dans la province de Tinghir, en est la preuve. Pour y parvenir, la société civile, et en particulier dans les milieux où les enjeux relatifs à l’eau sont importants, est amenée à renforcer ses capacités de plaidoirie pour défendre ses interet. « L’élément humain doit être au centre de toutes les actions entreprises dans l’amélioration des modes de gestion durable. Dans le Draa Tafilalet, la politique publique pourrait s’inspirer du savoir ancestral et des systèmes de gestion durables qui ont traversé des siècles et fait leurs preuves », remarque Lahcen Kabiri,
enseignant chercheur dans le domaine du climat, l’environnement de l’eau et du patrimoine et président de l’Association Oasis Ferkla Pour l’Environnement et le Patrimoine AOFEP. Il s’agit d’initiatives comme le Programme d’Actions Concertées des Oasis (PACO), démarré depuis janvier 2015, dans le milieu oasien
du Sud Est marocain, pour porter le projet « Renforcement de la gouvernance environnementale par le développement de la capacité des organisations non gouvernementale ». Le programme capitalise sur le mode de gouvernance ancestral représenté aujourd’hui par l’association des ayants droit, afin d’inspirer une nouvelle approche de gestion durable de l’eau. L’objectif final du projet est que la société civile soit capable de jouer son rôle d’interface entre les structures étatiques d’une part, et la population et utilisateurs de l’eau d’autre part. Elle s’implique ainsi dans la sensibilisation de la population cible à l’importance de la préservation de l’eau et la facilitation la compréhension de la réglementation en vigueur pour tout ce qui est lié à l’utilisation de l’eau.
Toujours dans la région de Draa Tafilalet, il y a des approches innovantes qui sont en cours de mise en place. « Il s’agit de la réglementation relative au périmètre de protection des khettaras, qui interdit le forage dans un rayon déterminé autour de l’ouvrage dans le but de préserver l’eau qui alimente celui-ci. Un autre outil de gestion participative qui est en phase d’expérimentation est le « contrat de nappe ». Il a été actionné dans une zone agricole pilote nouvellement crée à Boudnib, dans la province d’Errachidia. Le contrat de nappe sert à la sauvegarde et la préservation de la ressource en eau et il est signé par l’ensemble des intervenants ( Agence du Bassin Hydraulique, agriculteurs, les différents départements de l’agriculture..etc). Une fois finalisé, il sera reproduit au niveau des autres nappes », assure Abderrahmane Mahboub, directeur de l’Agence du Bassin
Hydraulique de Guir Ziz Rheris. Partant de la situation actuelle de la gestion de l’eau, il apparaît que le
facteur humain est largement impliqué dans la dégradation des ressources en eau, beaucoup plus que l’incertitude
liée aux changements climatiques. La consommation excessive de l’eau, la pression sur les nappes phréatiques,
la pollution sous toutes ses formes, poussent à se poser la question : jusqu’à quand le modèle de gestion de l’eau
actuellement appliqué au Maroc sera-t-il viable ? et quel sera le prix à payer si la politique actuelle continue d’accuser du retard dans la mise en place de mesures plus efficaces pour la protection des ressources en eau actuelles ?
Tabesbaste, un modèle de gouvernance
locale
à l’épreuve du temps et de la modernité
le territoire
présaharien constitué par les oasis est un exemple vivant de
l’adaptabilité, la
résilience et la
gestion durable des
ressources en
l’eau. Ce savoir, qui s’est développé durant plusieurs siècles, a su composer avec
l’aridité du milieu,
l’irrégularité des
pluies et les crues dévastatrices. Il a abouti à la mise en place d’une réglementation
qui a fait ses preuves
durant des
siècles et a su maintenir l’équilibre entre l’Homme et son environnement. Le village de
Tabesbaste, situé à une
quinzaine de
km de la ville de Tinghir, dans la région Draa Tafilalet, propose un mode de gestion de l’eau qui se
réfère dans tous ses
aspects à ce mode
de gouvernance ancestral.
En effet, l’organisation de
cette communauté
se fait en référence à l’assemblée traditionnelle appelée localement la « Jmaâ
». Le village de Tabesbaste
a procédé en
1985 à la création pour la première fois d’une association des ayants droits
pour institutionnaliser ce
mode de
gestion ancestral, à l’instar des autres territoires du Maroc à l’époque. Bien que, selon
l’article 83
de la loi 113-14 relatives aux communes, le service de l’eau incombe à la collectivité locale,
dans le milieu rural, ce
sont le plus
souvent les associations des ayants droits qui se chargent de la distribution de l’eau auprès
des habitants du ou des
villages de
la commune, dans le cadre de la gestion déléguée.
Aujourd’hui, l’association
Tabesbaste pour le
Développement et la
Solidarité est
l’instance de référence dans la prise de décision et la gestion des espaces collectifs du
village (source d’eau,
irrigation, parcours,
terrains agricoles..etc). Cette instance est représentative de toutes les composantes de la
communauté et est de ce
fait
reconnue localement par
toute la population.
La prise de décision au sein de l’association se réfère au droit coutumier « Alorf »,
qui défini la conduite de
la vie sociale,
économique et politique, à l’intérieur du territoire et à l’extérieur dans le rapport avec
les communautés voisines.
Ainsi, tout
ce qui est relatif à l’eau est décidé par l’association, de la mobilisation des eaux jusqu’à
la distribution équitable
entre tous
les membres, ainsi que le
règlement des conflits.
Pendant plusieurs années,
un conflit au
sein de l’association persistait à cause du déséquilibre dans la représentativité des
4 fractions de la tribu.
Cette situation
bloquait toutes les
décisions et a impacté négativement sur la gestion de l’eau du village, jusqu’en 2007,
où le bureau fut destitué.
« Pour choisir
les 12 nouveaux membres du bureau de l’association, chacune des 4 fractions de la
tribu a proposé trois personnes
parmi ses membres qui vont
la représenter
au sein du bureau, par un processus démocratique et participatif respectant
les coutumes ancestrales.
Aujourd’hui toutes les
décisions mettent
en priorité l’intérêt général de la communauté, et bannissent le favoritisme et
l’individualisme sous toutes
ses formes. Les projets qui
sont proposés par
l’association
sont discutés et décidés
collectivement par
l’assemblée »,
explique Ali Bounsir, président de l’Association Tabesbaste pour le Développement et la
Solidarité. La gestion de l’eau se fait suivant
le même procédé, en
respectant le
droit coutumier, instauré depuis près de 5 siècles dans cette communauté avec des
règles strictes dans la distribution
de l’eau. Cette
répartition est appelée
« droit d’eau » et est déterminée au prorata des
efforts fournis par
chaque famille
dans le creusement de la khettara, l’ouvrage hydrique qui a acheminé l’eau à
l’oasis. La
khettara, est un système de dragage de l’eau lointaine par voie souterraine pour éviter
la déperdition de l’eau
dans le milieu désertique, composé d’un canal souterrain par où l’eau est acheminée, sur une profondeur
pouvant aller jusqu’à 10
mètres et
plusieurs kilomètres de longueur. Le droit d’eau s’hérite d’une génération à une autre,
et la durée
du tour d’eau et le volume d’eau accordé à chaque ayant droit sont calculé en temps,
ce
qui permet d’éviter les
conflits. Pour
Tabesbaste, il a été établi que l’irrigation se fasse sur une durée de 15 jours qui couvre
la totalité
de la superficie agricole de l’oasis. Chaque famille connaît l’heure et la durée de son
tour
d’irrigation et le
respecte à la
seconde près. Ce mode de gestion ne laisse aucune place à l’erreur, et ce depuis des siècles.
S’il y a conflit autour
de l’eau, les concernés
se tournent vers le « tribunal » de la tribu, qui est constitué de personnes
choisies et
représentant chaque fraction de la tribu. Ces personnes sont appelées « Moaayanine »
(traduit les
désignés). Le conflit est ainsi géré localement, et surtout rapidement. Les villageois ont
rarement recours au
tribunal avec
ce système de gouvernance.
En revanche, pour la
distribution de
l’eau potable, l’association a convenu d’accorder un volume équitable pour toutes les
familles, 294 au total,
déterminé à
3 mètres cubes par mois. Lorsque l’Office National de l’Eau Potable avait proposé,
il y a
quelques années, de prendre en charge la gestion de l’eau dans le village de Tabesbaste,
en utilisant
l’eau de la khettara du village, l’assemblée du village, représentée par l’association,
a refusé. C’est dire à
quel point l’eau
est précieuse dans le milieu oasien. C’était une question d’intérêt général décidé par
l’ensemble de la tribu
via ses représentants.
Dans cette même
perspective d’intérêt
général, l’association cherchait depuis plusieurs années une solution au
problème de
pollution de l’oasis causé par le lavage des vêtements dans le lavoir traditionnel se
trouvant sur
la seguia du village. Il y a encore quelque décennies, le lavoir ne constituait pas
de problème, vu que les
femmes utilisaient des
produits naturels
pour le lavage : plantes
savonneuses, argile et
cendres.
Mais depuis
l’introduction de la lessive chimique et l’eau de javel, l’eau qui arrivait en
aval de l’oasis,
et qui fini dans les champs, est devenue impropre. Des odeurs nauséabondes
émanaient de l’aval de
la seguia.
Ce problème a persisté jusqu’à l’arrivée du projet des laveries collectives. Pour
faire face
à cette problématique, l’association française l’Eau Du Désert, qui œuvre depuis
10 ans pour la
sauvegarde des Khettaras
au Sud-est marocain, et en collaboration avec les associations locales de 5
oasis, et
d’autres partenaires (PNUD, INDH, ORMVA, Programme des Oasis du Tafilalet, les
communes territoriales..)
a proposé à la population
d’installer des laveries
collectives modernes.
L’initiative a
été approuvée et depuis 2016 donc, la laverie collective de Tabesbaste a remplacé l’ancien
lavoir (voir photos page
9).
Toutes les femmes du
village ramènent
leurs lavages à la laverie, moyennant un prix de 10 DH pour 10 Kg, ce qui
correspond à un seul
lavage. En plus
des vêtements, la laverie propose également le lavage des couvertures. Avec
l’abandon des
lavages sur les séguias, les femmes sont soulagées de ce travail pénible et ont
désormais l’opportunité,
le lieu et le temps pour développer d’autres activités. La mise en place de
la laverie a permis la création
d’emploi permanent pour
deux femmes,
sans oublier les revenus financiers dont les bénéfices sont réinvestis dans un fonds
« vert ».
Ce fonds sert à financer la mise en place de projets pour les femmes du village.
« En seulement une année
nous avons
remarqué une dépollution progressive des eaux d’irrigation et des sols de l’oasis, mais
aussi la diminution
de la moitié du volume d’eau potable consommé dans le village. Qui était utilisé
dans les lavages
de vêtements à la maison.
Après la réussite du
projet de la
laverie, nous réfléchissons à des solutions pour améliorer l’assainissement liquide notre
village », conclue Ali
Bounsir. Le village
de Tabesbaste propose ainsi une approche adaptative de gouvernance locale de l’eau
qui s’articule autour de
l’humain et
la protection des ressources. Même à petite échelle, ce modèle de gouvernance démontre que la
gestion de l’eau,
lorsqu’elle est concertée
et approuvée par la
majorité, elle s’avère
plus efficace et
pérenne.
Gouvernance de l’eau : un modèle de
gestion local
La région du Draa Tafilalet, est composée de
5 bassins hydrauliques
dont le plus important est celui de Guir-Ziz-Rheris(graphe 1 page
15). Elle adopte une
stratégie de gestion de l’eau, locale, adaptée aux contraintes et aux
spécificités
hydrauliques et climatiques de son territoire, dont par exemple le recours
aux ressources hydriques
souterraines pour
l’irrigation et l’eau potable. Pour se faire, l’Agence du Bassin Hydraulique de
Guir-Ziz-Rheris élabore
le Plan Directeur d’Aménagement Intégré des Ressources en Eau (PDAIRE), d’une durée de
10 ans, et des plans
de gestion de l’eau annuels. « C’est l’agence qui gère le domaine public hydrique
et en contrôle
l’utilisation. Elle gère les ouvrages hydrauliques comme les barrages,
les forages, les bassins
de rétention et les
milieux
aquatiques(nappes, cours d’eau), et délivre les autorisations de concessions
de droit d’utilisation
du domaine publique hydraulique. Parmi ses autres prérogatives,
l’ABH donne l’avis sur
tout projet pouvant avoir un impact sur les ressources en eau et
le domaine public
hydraulique. Concernant l’agriculture, au début de chaque année agricole, il y a un programme
de lâchers du
barrage pour l’irrigation arrêté en concertation avec les entités représentant
le secteur agricole
ainsi que les associations des ayants droit, selon la situation de la
retenue d’eau du
barrage. Il est par exemple établi qu’en cas de sècheresse sévère, la
priorité va à
l’irrigation des arbres fruitiers », explique Abderrahmane Mahboub, directeur
de l’Agence du Bassin
Hydraulique Guir-ZizRheris.
Deux approches évolutive pour gérer l’eau
Pour faire face aux contraintes climatiques
ainsi qu’à la pression
importante sur la ressource en eau, le Maroc a mis en place une politique de l’eau qui a
évolué dans le
temps. Ainsi, la stratégie du Maroc dans le secteur de l’eau est passée par deux grandes phases. La
première a commencé
dès l’indépendance dans les années 60 et avait adopté une approche de gestion de l’offre. Cette phase
était caractérisée
par le développement de l’infrastructure hydraulique et a été marquée par l’instauration de
la politique des
barrages, deux actions stratégiques à l’époque afin d’assurer la sécurité en eau.
Le Maroc dispose
aujourd’hui de plus de 140 barrages d’une capacité de stockage totale de 17,6 milliards de
m3. Cette phase a
connu, en outre, le développement de l’irrigation à grande échelle pour développer
l’agriculture, ainsi que
le développement de l’assainissement liquide dans le milieu urbain
(graphe 1 et 2 page 14).
La deuxième phase a, quant à elle, débuté dans les années 2000 avec l’évolution vers une
approche de gestion de la demande, et la mise en place de la
nouvelle stratégie
nationale de l’eau en 2009.
Lors de cette phase, la
politique de gestion a encouragé l’économie et la valorisation
de l’eau, qui s’est
illustrée en particulier par le lancement du Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation
(PNEEI) visant la
conversion massive à l’irrigation localisée. Cette phase a été marquée
également par le démarrage
de la mobilisation des ressources non conventionnelles avec le dessalement
de l’eau de mer et la
déminéralisation des
eaux saumâtres. La préservation de la qualité naturelle des ressources en eau et
leur protection contre la
pollution ont été particulièrement développées depuis les années 2000, avec la mise en
œuvre du Plan National
d’Assainissement Liquide (PNA) et du Programme National des Déchets Solides
Ménagers (PNDM).
Les lavoirs utilisent de la lessiv écologique
pour minimise l’effet de pollution. Les eau de lavage sont jetées dans des bassins de
recyclage des eaux
grises, qui sont filtrées à travers un ensemble
de couches de gravier phyto plantés. L’eau filtrée qui
en ressort est évacuée
dans l’oued. Il faut compter 2 ans pour
réaliser le projet
de laverie : une année pour la préparation,
la construction, la
sensibilisation des femmes et la formation
des gérantes, et
une année voire 2 pour faire le suivi et la
mise en place du plan
de gestion. Deux des 5 laveries
collectives du projet utilisent l’eau des
puits et des châteaux
d’eau gérés par les associations locales du
projet. Les autres
laveries sont raccordés au réseau de
l’Office National de
l’Eau Potable(ONEE).
Source : Sabrina Belhouari
Dans le Draa Tafilalet, il y a coexistence
de trois types d’approvisionnement
en eau potable, selon la géographie et selon la disponibilité de l’eau :
puisage, usage des eaux de source et les
prélèvement dans la rivière.
Sur le territoire oasien, les
populations ont recours à ces mêmes types
d’approvisionnement, en plus de
l’usage des khettaras, un système de
dragage de l’eau caractéristique du
milieu oasien du Maroc.
La superficie agricole
utile dans la région de
Draa Tafilalet totalise
241000 ha, dont 154000 ha irrigués, le tout réparti
sur 151270 exploitations
agricoles sur l’ensemble des
cinq provinces de la
région (Errachidia,
Tinghir, Midelt, Zagora
et Ouarzazate). La
généralisation du
Goutte-à-goutte dans
les agricultures est
un axe prioritaire du
Programme National
d’Economie d’Eau en
Irrigation (PNEEI)
Accès à l’eau :
Generalisation de l’acces a
l’eau dans le milieu rural
L’accès à l’eau potable a été généralisé en
milieu urbain depuis 1995. En 2013, la population urbaine desservie
est alimentée à près de 94% par des branchements individuels et à 6% par des
bornes-fontaines. En milieu
rural, depuis le lancement du Programme d’approvisionnement groupé en eau
potable rural (PAGER18), le taux
d’accès à l’eau potable est passé de 14% en 1994 à 85% en 2007 pour atteindre
94,5% à la fin de l’année 2014.
La population bénéficiaire cumulée est passée de 3,4 millions d’habitants en
1995 à 12,6 millions en 2012.
L’investissement global cumulé durant la période 1995-2012 a atteint près de
13,5 milliards de dirhams
Source : Recensement général de la
population et de l’habitat de 2014-Haut Commissariat Au Plan